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Extraits

 

 

« On ne savait pas se parler entre nous autrement que d’une manière râleuse. Le ton poli réservé aux étrangers. Habitude si forte que, tâchant de s’exprimer comme il faut en compagnie de gens, mon père retrouvait pour m’interdire de grimper au tas de cailloux un ton brusque, son accent et des invectives normandes, détruisant le bon effet qu’il voulait donner. Il n’avait pas appris à me gronder en distingué et je n’aurais pas cru à la menace de la gifle proférée sous une forme correcte. » 

 

« Mon père est entré dans la catégorie des gens simples ou modestes ou braves gens. Il n’osait plus me raconter des histoires de son enfance. Je ne lui parlais plus de mes études. Sauf le latin, parce qu’il avait servi la messe, elles lui étaient incompréhensibles et il refusait de faire mine de s’y intéresser, à la différence de ma mère. Il se fâchait quand je me plaignais du travail ou critiquais les cours. Le mot « prof » lui déplaisait, ou « dirlo », même « bouquin ». Et toujours la peur ou PEUT-ETRE LE DESIR que je n’y arrive pas.

Il s’énervait de me voir à longueur de journée dans les livres, mettant sur leur compte mon visage fermé et ma mauvaise humeur. La lumière sous la porte de ma chambre le soir lui faisait dire que je m’usais la santé. Les études, une souffrance obligée pour obtenir une bonne situation et de ne pas prendre un ouvrir. Mais que j’aime à me casser la tête lui paraissait suspect. Une absence de vie à la fleur de l’âge. Il avait parfois l’air de penser que j’étais malheureuse.

Devant la famille, les clients, de la gêne, presque de la honte que je ne gagne pas encore ma vie à dix-sept ans, autour de nous toutes les filles de cet âge allaient au bureau, à l’usine ou servaient derrière le comptoir de leurs parents. Il craignait qu’on ne me prenne pour une paresseuse et lui pour un crâneur. Comme une excuse : « On ne l’a jamais poussée, elle avait ça dans elle. »  Il disait que j’apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler c’était seulement travailler de ses mains. »

 

 

 

Mon avis

 

Bien qu'étant une autobiographie, l'auteure parle majoritairement de son père. C’est grâce à lui qu’elle est arrivée à ce niveau, mais au fur et à mesure, il s’est créé entre eux un fossé, celui des classes sociales. On ne s’attend pas à autant de rapports avec le père de l’auteur, c’est assez étonnant.


 

Leur façon de vivre est étrange pour nous, à notre époque où nous avons tout. On comprend l’envie du père de paraître bien et distingué vis-à-vis des gens de la ville, mais on sent comme cela sonne faux et isole les commerçants de manière général, les prenant pour des gens simples, s’exprimant mal, à la façon des ouvriers. En lisant ce roman, on apprend des choses au niveau de la sociologie. Annie Ernaux montre les rapports qu’elle entretenait avec son père. On se retrouve dans la tête de quelqu’un qui, au stade où il en est, ne veut pas perdre la place qu’il s’est créé.

 

J'ai lu La Place, car ma professeur de français nous a fait une dictée tiré de cette autobiographie. Voulant découvrir les livres (et elle voulant absolument que ses élèves qui ne lisent jamais lisent, elle les bradaient presque pour nous les prêter) je lui ai demandé de me le préter. Je crois que c'est la deuxième autobiographie que j'ai lu, j'ai trouvé ça long, mais je l'ai relu pour trouver des extraits à lire à la classe et ça m'a plus intéréssé la seconde fois, ayant meiux compris son histoire.

 

J'ai assez bien aimé, mais je ne dirai pas que je préfère une autobiographie à côté d'une dystopie ou d'un roman fantastique ! C'est un genre que je lis rarement, mais il me faudrait le découvrir un peu plus, c'est toujours intéréssant d'apprendre des autres pour se construire soi même.

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